
Yves Therrien
Le Soleil
(Québec) Marie Dooley était passionnée par le droit et l'enseignement, rien ne la prédestinait donc à devenir femme d'affaires, encore moins créatrice de mode. Être dans les affaires depuis 25 ans, c'est en soi un exploit. Ce l'est encore plus dans un monde en constante mouvance, comme la mode.
Autodidacte, Marie Dooley n'a pas étudié en design de mode, encore moins en comptabilité ni appris les principes de l'entrepreneuriat sur les bancs d'école. Pourtant, jour après jour, année après année, elle a inscrit sa marque comme designer de renom.
«Je n'ai pas planifié de devenir designer de mode ou femme d'affaires, affirme-t-elle. J'ai appris à l'être avec le temps, petit pas par petit pas. Je n'ai pas l'impression que j'ai décidé de me lancer en affaires et de fonder mon entreprise. J'ai commencé à faire de la couture et à offrir mes produits dans la boutique où je travaillais. Ensuite, j'ai embauché une représentante, et les choses se sont enchaînées les unes à la suite des autres.»
Elle a donc pris des décisions d'affaires au fur et à mesure, un vêtement à la fois, une collection à la fois, un projet à la fois, comme si tout cela allait de soi et faisait partie de sa nature.
Ainsi, elle signe une première collection en 1986 et installe sa première boutique-atelier sur René-Lévesque en 1993. Un premier agrandissement en 1997, elle ouvre Le Salon au coin de l'avenue De Salaberry et du boulevard René-Levesque pour ses collections de robes de mariée et de robes de soirée, tandis que la première boutique présente le prêt-à-porter.
La mode change chaque saison, mais cela ne met pas de pression sur les épaules de Marie Dooley et celles de son équipe.
«Le changement est un stimulus dont j'ai besoin, raconte-t-elle. Je trouverais très ennuyant de faire la même chose tout le temps. Les tissus qui changent, les formes géométriques qui varient, les coupes, c'est le côté architecture de la mode qui me passionne. Il y a un côté très mathématique dans la mode, dans la création et la conception, en plus du côté artistique. J'adore les mathématiques, et c'est pourquoi je fais la comptabilité de mon entreprise. Ça me garde proche de mes affaires, et c'est ce qui m'a permis de survivre en affaires.»

Depuis 25 ans, dans son atelier, Marie Dooley met ses inspirations sur papier en pensant à l'élégance qu'elle veut donner aux femmes qui porteront ses vêtements.
Le Soleil, Erick Labbé
Lors des périodes de récession, la mode n'est pas un secteur à l'abri des soubresauts. La clientèle féminine aura tendance à mettre un frein sur les dépenses vestimentaires jugées parfois superflues.
«Acheter un vêtement qui va durer dans le temps à cause de la qualité des tissus, de ses formes et de son style, c'est une dépense plus pertinente que d'acheter du fast-food vestimentaire, lance Marie Dooley. Vaut mieux acheter moins, mais faire de bons choix. Un vêtement cher peut souvent être un meilleur achat. Les vêtements d'une boutique de designer comme la mienne, ce n'est pas plus cher que les importations européennes.»
Démystifier son travail
Son défi demeure de démystifier son travail et d'amener les femmes à oser entrer dans sa boutique, même si certaines trouvent ça trop gênant ou pensent que les vêtements signés ne sont pas pour elles. La clientèle féminine est plus difficile à fidéliser. Pourtant, elle précise qu'elle ne veut pas imposer un style à ses clientes, mais les mettre en valeur avec les vêtements selon ce qu'elles sont.
«Dès le départ, je me suis adaptée aux gens qui viennent dans ma boutique, je n'ai jamais ciblé un marché ou une clientèle précise. Je m'adapte à ceux qui me choisissent. C'est ce qui m'a définie comme créatrice de mode.»
Et Marie Dooley souligne du même souffle que la mondialisation tue la créativité par son effet d'uniformisation des vêtements avec des standards qui donnent l'impression que tout le monde porte une sorte d'uniforme. Si elle s'explique difficilement son succès en affaires par manque de recul sur son expérience, elle se dit surprise d'avoir vu plusieurs personnes de sa profession partir par découragement ou après une faillite.
Pour elle, la ligne est mince entre le succès et l'échec, puisqu'elle navigue souvent entre l'euphorie et la déception. L'euphorie, c'est au moment de lancer une collection qui réussit, et la déception c'est de voir que tout ne se passe pas exactement comme elle aurait souhaité du côté de la rentabilité de l'entreprise.
Toutefois, sa patience, sa force de caractère, sa persévérance lui ont permis de passer à travers des périodes difficiles.
«Mais le capital humain dans mon entreprise est quelque chose sur lequel j'ai toujours pu compter», affirme-t-elle en parlant de son équipe de huit employées. «Nous avons un environnement sain côté relation humaine. Et je suis très présente et proche de mes employés. C'est ce qui donne le ton à l'atmosphère de travail.»
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